Posted by: ucherbord on: mai 23, 2008
De Leibniz, les élèves de classe terminale ont spontanément une idée : c’est le philosophe dont l’optimisme a été raillé par Voltaire dans Candide. Il n’est pas difficile de dépasser cette image d’Epinal : il suffit de confronter les élèves avec les textes du philosophe pour leur faire découvrir la richesse et la profondeur de sa pensée. Ils sont d’abord surpris par la variété des domaines abordés ou pratiqués par Leibniz : mathématiques, logique, histoire, droit, physique, diplomatie, outre la philosophie bien sûr. Dans un système scolaire où l’on apprend le cloisonnement des disciplines, il paraît étrange qu’un homme puisse penser ensemble ces connaissances disparates.
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Mais en pénétrant dans les textes, c’est aussi par son style familier et imagé que Leibniz retient les élèves. Lorsque, au fil du cours, nous en venons à interroger la question de la liberté, la force philosophique de Leibniz nous est d’un grand secours. Pour prouver que notre volonté peut être déterminée par des motifs dont nous n’avons pas conscience, notre auteur en passe par une distinction conceptuelle essentielle entre la perception et l’aperception : ce n’est pas parce que nous n’apercevons pas les motifs de notre choix que nous ne les percevons pas. De quoi s’agit-il ? Si l’aperception suppose l’attention, en revanche, la perception, qui est continue dans notre existence, peut très bien ne pas franchir le seuil de notre conscience : aussi y a-t-il en nous à chaque instant une infinité de petites perceptions dont nous ne pouvons pas avoir conscience.
C’est ici que le style de Leibniz se révèle décisif : toujours accessible, simple et familier. Il fait appel à l’une des innombrables images qui peuplent ses écrits : l’image du “mugissement de la mer”. Si nous n’apercevons que le brouhaha confus du rouleau de la vague, nous percevons néanmoins les cent mille petits bruits des gouttelettes dont l’assemblage confus est composé : image simple et vertigineuse qui ne manque pas de marquer les élèves. D’autres images chez Leibniz paraissent plus inquiétantes, comme ces insectes minuscules que nous avalons sans pouvoir les voir ; cette idée frappante (nous avons de la chance de ne pas tout apercevoir) trouve même son illustration au cinéma : au début de Blue Velvet, de David Lynch, la caméra, après un travelling avant, fait un très gros plan sur l’impeccable pelouse d’une maison de la middle-class américaine et révèle le monde grouillant et dégoûtant des insectes. Armé de cet exemple, l’enseignant est sûr d’avoir marqué l’imagination des élèves.
La philosophie est d’un abord difficile pour les élèves : souvent rebutés par l’abstraction, le découragement peut facilement être au rendez-vous. Mais certains textes de Leibniz – lui-même grand amateur de romans – imagés, concrets, familiers, peuvent être une porte d’entrée dans le “monde possible” de la philosophie.
octobre 23, 2008 à 7:48
hegel ruuuuules