Posted by: ucherbord on: août 29, 2008
La Russie est menacée d’isolement diplomatique en raison de la crise géorgienne, ses alliés asiatiques ne lui ayant pas apporté le soutien clair qu’elle attendait et l’Union européenne n’excluant pas d’adopter des sanctions lors de son sommet extraordinaire de lundi.
Le G7, groupe des sept nations les plus industrialisées, a condamné “la poursuite de l’occupation russe” en Géorgie.
Seule la Biélorussie a soutenu la décision de Moscou de reconnaître l’indépendance des provinces séparatistes géorgiennes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud et, selon l’agence russe Interfax, Minsk pourrait imiter prochainement la Russie.
Le parlement géorgien a commencé à débattre d’un projet demandant au gouvernement de rompre les relations diplomatiques avec Moscou.
Le Kremlin a accusé l’Otan de contribuer à faire monter la tension dans le Caucase en envoyant des navires de guerre en mer Noire mais l’Alliance a rejeté ces accusations, évoquant des manoeuvres prévues de longue date. Washington a toutefois décidé d’envoyer dans la région le navire-amiral de la VIe Flotte, l’USS Mount Whitney, pour y distribuer de l’aide humanitaire.
Les présidents polonais Lech Kaczynski, estonien Toomas Hendrik Ilves et letton Valdis Zatlers devaient se rencontrer dans la journée pour tenter de définir une position commune avant le sommet européen.
A Paris, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a déclaré que plusieurs pays de l’UE envisageaient des sanctions contre la Russie. Il s’est aussitôt attiré une cinglante réplique de son homologue russe Sergueï Lavrov qui a dénoncé le fruit d’”une imagination malade”.
“Il y a certains (pays européens) qui proposeront des sanctions, d’autres qui les refuseront”, a dit Kouchner, précisant que la France, présidente en exercice de l’Union européenne, s’efforcerait d’obtenir un consensus des Vingt-Sept lundi lors du Conseil extraordinaire de Bruxelles.
“IMAGINATION MALADE”
“Nous essayons d’élaborer un texte fort, signifiant notre volonté de ne pas accepter” la situation en Géorgie, a-t-il dit. “Rien n’est plus important que l’unité face à un problème aussi grave. Rien ne serait plus dommageable que de sortir de la réunion de lundi sans une unité, non pas de façade, mais une unité politique réelle.”
Il a affirmé cependant que Paris n’était pas “partisan de couper les relations avec la Russie”. “Cela se réglera (…) par la négociation”, a souligné le chef de la diplomatie française.
La France, l’Allemagne et l’Italie sont réservées sur l’adoption de sanctions, tandis que le Royaume-Uni, appuyé par les pays de l’Est, plaide pour une décision forte.
A Washington, la Maison blanche a jugé prématuré de dire si les Etats-Unis allaient envisager des sanctions contre Moscou mais a évoqué des discussions sur une éventuelle annulation d’un accord russo-américain sur le nucléaire civil.
En visite au Tadjikistan, Lavrov a dénoncé la “confusion totale” des Occidentaux. “Mon ami Kouchner a aussi déclaré que nous allions bientôt attaquer la Moldavie et l’Ukraine et la Crimée (…). Mais c’est une imagination malade et cela s’applique probablement aussi aux sanctions”, a-t-il dit.
“Je n’ai pas l’esprit malade”, a répondu Kouchner. “Je voudrais préciser qu’il n’a jamais été question de sanctions proposées par la France. (…) J’ai dit que d’aucuns pensaient à des sanctions, la France n’y pense pas”, a-t-il expliqué.
LA GÉORGIE ENTERRE SES MORTS ET PRIE POUR L’UNITÉ
Réunie en sommet à Douchanbé, l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS), qui regroupe les alliés de Moscou en Asie, a fait part de son inquiétude face aux tensions en Géorgie sans toutefois apporter au Kremlin le soutien appuyé qu’il espérait.
La réaction de l’OCS – qui regroupe la Russie, la Chine, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Kazakhstan – reflète celle de la Chine, qui joue un rôle croissant au sein du groupement. Pékin s’était dit “préoccupé” par la situation dans le Caucase quelques heures avant l’ouverture du sommet.
“Nous comprenons l’histoire et les réalités complexes de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie. Dans le même temps, conformément à la position constante de la Chine sur ce genre de questions, nous espérons que toutes les parties pourront résoudre le problème de manière appropriée par le dialogue et des consultations”, a dit le ministère chinois des Affaires étrangères.
A l’occasion de la fête de l’Assomption, selon le calendrier orthodoxe, les Géorgiens ont enterré leurs morts du conflit avec la Russie et se sont rendus en masse dans les églises.
A Tbilissi, des centaines de fidèles ont assisté pendant trois heures à la messe célébrée dans la cathédrale de Sioni par le patriarche de l’Eglise géorgienne, Ilia II, qui a prié pour la restitution à la Géorgie des provinces sécessionnistes.
Dix soldats de l’armée nationale tués au cours du récent conflit ont été inhumés dans un cimetière surplombant la ville, leurs cercueils de métal placés les uns à la suite des autres dans une sépulture commune, au son d’une marche funèbre et d’une salve d’honneur.
Le conflit du début du mois a fait au moins 263 morts dans les rangs de l’armée géorgienne.
“Nous devons demander chaque jour à Dieu de nous rendre l’Abkhazie et le Samatchablo”, a dit le patriarche Ilia lors de la messe à la cathédrale de Sioni, utilisant le nom que donnent les nationalistes géorgiens à l’Ossétie du Sud. “L’Abkhazie et le Samatchablo sont et resteront parties intégrantes de la Géorgie.”
Version française Guy Kerivel